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De sceptique à médium : conscience, deuil et médiumnité avec Sylvie Schneider
Peut-on s’intéresser à la médiumnité sans cesser de se poser des questions ? C’est ce qui m’a donné envie d’inviter Sylvie Schneider dans l’épisode #110 de Fleur de Cactus. Dans sa bio, une phrase m’a immédiatement interpellée : « de sceptique à médium ». Chez elle, je sens à la fois une ouverture à l’invisible et un véritable besoin de comprendre, avec un recul constant sur ses propres perceptions. Ce sont des questions qui m’habitent aussi : qu’est-ce que la conscience ? Quel lien peut subsister avec nos défunts ? Comment accueillir certaines expériences sans en faire immédiatement des vérités ?
Le deuil comme point de départ
Sylvie se définit comme quelqu’un qui ne croit pas : tant qu’elle n’a pas fait l’expérience d’une chose, celle-ci ne s’ancre pas en elle. Athée, issue d’une famille où la mort était taboue et où l’on ne pleurait pas devant les autres, elle voit tout basculer en 2012, au décès de sa mère.
La nuit qui suit ce décès, son fils de quatre ans, qui ne dormait jamais seul, passe la nuit entière dans son lit. Au réveil, alors qu’il ignore encore la nouvelle, il lui explique simplement qu’il n’était pas seul : sa mamie est restée avec lui toute la nuit et lui a caressé le bras pour qu’il s’endorme. On pourrait parler de rêve, bien sûr. Mais, comme le dit Sylvie, ce n’est pas ce qu’elle a vécu.
Signes et vécus de contact avec un défunt
Viennent ensuite ce que l’on appelle des VSCD, des vécus subjectifs de contact avec un défunt, aujourd’hui étudiés. Un rêve d’abord, si net et si cadré qu’elle a eu le sentiment d’un rendez-vous plutôt que d’un rêve. Puis, un matin d’épuisement, endormie dans sa voiture avant de commencer un nouveau travail, un « toc-toc-toc » sur le pare-brise la réveille juste à temps, alors que personne n’est là. Elle pense immédiatement à sa mère, qui la réveillait chaque matin lorsqu’elle était lycéenne.
Ce qui me touche, c’est qu’elle ne cherche pas à prouver le phénomène. La question, pour elle, n’est pas d’expliquer ce qui s’est passé, mais de regarder ce que cela a produit en elle : pourquoi cela la touchait autant, pourquoi elle se sentait reliée. Et je crois qu’elle a raison lorsqu’elle remarque que beaucoup de personnes qui s’intéressent à la conscience le font après la perte d’un proche, parce qu’elles ont cette étrange sensation qu’il n’a pas disparu.
Du scepticisme à la médiumnité
À l’époque, pour Sylvie, la médiumnité se résumait à l’image qu’en donnaient les émissions de télévision : de la peur, un peu de ridicule, et la crainte de se faire avoir. Son point de bascule a été d’ouvrir ses recherches au monde anglophone, où ces sujets sont moins vite tournés en dérision qu’en France. Elle cite l’émission Enquête extraordinaire, portée par Stéphane Allix et Natacha Calestrémé, qui abordait ces phénomènes sous un angle journalistique et neutre, et les recueils de témoignages d’expériences de mort imminente du psychiatre Raymond Moody.
Puis elle découvre le parcours de Suzanne Giesemann, une médium issue de l’armée américaine, très pragmatique, qui avait développé cette capacité à la suite d’un deuil. Pour Sylvie, c’est une révélation : si cela est accessible à tout le monde, alors ce n’est pas un don, et elle-même est médium, simplement sans avoir encore développé cette capacité. Après des mois de pratique, elle part en octobre 2025 pour une semaine de formation dans une école anglaise où l’on enseigne la médiumnité. Elle n’en est pas revenue « devenue médium », puisque nous le sommes déjà, mais avec un cadre, de la confiance et une forme de légitimité envers elle-même.
Une école pour grandir
Sylvie insiste sur un point qui me parle profondément : la médiumnité ne fonctionne pas comme une salle de sport, où l’on progresse à force de répétitions. On progresse en pratiquant en conscience, en se faisant confiance et en dépassant ses croyances limitantes. C’est, selon ses mots, une école pour grandir. Elle cite une médium anglaise, Anna McIntyre, pour qui méditer revient surtout à s’asseoir avec tout ce que l’on n’a pas envie de voir, car c’est cela qui bloque le canal. Personne ne le débloquera à notre place : c’est notre responsabilité.
C’est exactement ainsi que je vis ma pratique spirituelle, comme un ancrage qui me permet de rester avec moi-même et avec mes émotions, et d’y trouver de la lucidité. Dans le yoga, le corps d’intuition n’est accessible qu’après l’ancrage corporel, la maîtrise du souffle et l’observation du mental ; Sylvie, elle, ne vit pas cette progression de manière linéaire, et nos regards se complètent en cela.
Comment se passe un contact avec un défunt ?
Avant un contact, Sylvie ne pratique aucun rituel sophistiqué. Elle observe l’état dans lequel elle se trouve, met de côté ses préoccupations, souvent avec de la musique et un peu de joie, pour ouvrir « une porte sur rien », un espace disponible où quelque chose peut se produire. Son hypothèse est que la conscience d’un défunt utilise notre système nerveux pour communiquer, d’où l’importance qu’il soit apaisé et assez neutre.
Les défunts n’ont plus de voix : ils envoient des images que le cerveau du médium traduit avec sa propre bibliothèque de connaissances. C’est, dit-elle, le monde de la charade. Elle s’appuie sur la médiumnité d’évidence, où la personne accompagnée ne répond que par oui, non ou je ne sais pas, afin d’écarter les biais. Viennent d’abord des éléments précis qui permettent de reconnaître le défunt, puis seulement le message. Car sans ces preuves, n’importe qui pourrait dire « je t’aime » ou « je suis fier de toi ».
Sortir de la peur
Contrairement à moi, que mes premiers pas dans l’invisible avaient terrifiée, Sylvie a dépassé ses peurs par la connaissance et la curiosité. En s’asseyant avec elles, elle a compris qu’elle les avait héritées de sa culture, des films et des émissions sur le paranormal. Depuis, elle ne fait plus une vérité de ce qu’on lui a raconté : elle expérimente, et tire ses propres conclusions.
Conscience, réincarnation et lien qui demeure
Nous avons aussi parlé de réincarnation, et des travaux des docteurs Ian Stevenson et Jim Tucker, à l’université de Virginie, sur des enfants qui évoquent une vie antérieure. Sylvie propose une image vertigineuse, qu’elle présente comme une simple hypothèse : notre conscience serait une boule à facettes, chaque facette étant une incarnation, toutes existant en même temps. Contacter un défunt, ce serait entrer en lien avec sa conscience, qui raconte la facette de cette vie-ci pour être reconnue.
Ce que je retiens surtout, c’est ce qu’elle dit de son lien avec sa mère : elle n’a jamais l’impression qu’elle l’a quittée, leur relation est devenue une relation de conscience à conscience, et elle n’a même plus besoin de lui demander des signes. Un contact, selon elle, n’enlève ni le manque ni la peine, mais il met un peu de lumière sur le chemin. Et son souhait est de redonner du pouvoir à chacun : vous aussi, vous pouvez rester relié à vos proches.
Écouter l’épisode et aller plus loin
Sylvie conclut par une invitation que je fais mienne : vous avez le droit de vous intéresser à ces sujets, même si certains les trouveront ridicules. Pour entendre toute notre conversation, je vous invite à écouter l’épisode #110 avec Sylvie Schneider, et à retrouver tous les épisodes sur la page du podcast.
Si vous traversez un deuil et que vous ressentez le besoin d’être accompagné, je vous présente ma manière de travailler sur la page consacrée au deuil et à l’approche transgénérationnelle, et vous pouvez aussi prendre rendez-vous. Et vous, avez-vous déjà vécu un signe qui vous a fait sentir qu’un proche était toujours là ?