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Faut-il à tout prix "supprimer l'égo" ?

Susana d'Arcambel · 3 mai 2023 · 5 min de lecture

Susana d'Arcambel dans son potager accompagnée de son chat

Selon le Bouddhisme, le Yoga, l’Hindouisme et d’autres philosophies indiennes (et plus largement d’Asie), la souffrance provient de l’attachement aux objets, or l’attachement n’existe qu’à travers l’égo, cette perception qui place l’humain au centre de sa vie. La libération de l’égo est donc essentielle pour se libérer de la souffrance et atteindre l’éveil selon ces préceptes.

Faut-il donc à tout prix “supprimer l’égo” lorsque que l’on décide de suivre le chemin yogique ?

Pour répondre à cette question, que je trouve passionnante tant elle fait écho à des nombreux revers du développement personnel, penchons-nous sur les sutras de Patanjali, ce texte millénaire fondateur du Yoga ayant aussi teinté de nombreuses religions du continent asiatique.

la couverture du livre Yoga Sutra de Patanjali

Ces sutras nous invitent à embrasser une vie disciplinée dont l’objectif ultime est d’atteindre Samadhi, un état de pure conscience, d’absorption totale (et donc de dissolution de l’égo). Seules certaines figures spirituelles y accèdent par une vie de renoncement, de dévotion et par la pratique continuelle de la méditation à haut niveau. Certains pratiquants et pratiquantes vont donc entreprendre un chemin d’ascétisme pour pousser l’égo dans ses retranchements et discipliner le mental.

Cependant, plusieurs conditions de vie sont nécessaires pour mettre en place ces protocoles (renoncer, méditer et pratiquer) or la vie occidentale ne permet pas cela. Cet anachronisme sociétal aboutit parfois à des contre-sens chez certains professeurs de yoga qui, mus par la volonté de supprimer l’égo à tout prix, finissent par faire preuve d’une bienveillance mielleuse toxique et aveuglante ou sont dans une forme de pratique compétitive.

Ces religions et/ou philosophies partagent le concept de “Abhyasa-Vairagya” c’est-à-dire de “non-attachement & pratique” qui va permettre de mieux comprendre le message du Yoga.

Bhagavan Patanjali et 4 disciples imaginé par Sri T. Krishnamacharya

Bhagavan Patanjali et 4 disciples imaginé par Sri T. Krishnamacharya

Voici le sutra de Patanjali qui en parle : Abhyasa vairagyambhyam tannirodhah

« la faculté de diriger les activités psychiques s’obtient à la fois par la pratique (Abhyasa) persévérante et le détachement (Vairagya) »

  • « Abhyasa » renvoie à la pratique continue du Yoga en tant que philosophie et discipline définies selon les 8 piliers du Raja Yoga de Patanjali.

Abhyasa implique donc une connaissance de soi qui passe par l’observation, la persévérance et la discipline, que ce soit dans la méditation, dans le pratique corporelle du yoga que dans notre façon d’interagir avec l’autre et avec nous-mêmes.

En effet, les 8 piliers du Raja Yoga englobent l’être dans toutes ses dimensions Lire “Faut-il à tout prix supprimer l’égo ?”. :

  • mentale et psychique

  • corporelle

  • spirituelle

Ils proposent des règles d’éthique en communauté en passant par des postures corporelles, de la respiration consciente, de la méditation pour atteindre enfin le samadhi (l’éveil).

Prenons l’exemple de la pratique des asanas (postures de yoga).

Des postures comme le chien tête en bas ou encore la pince sont difficiles à tenir dans la durée (1 min ça va, mais au bout de 3 ?). Une fois que nous croyons avoir maîtrisé la posture, gonflés de fierté, par flemme ou ennui de la répétition nous supprimons complètement la posture durant les sessions suivantes. La pratique des asanas en devient alors biaisée car nous loupons tout un ensemble de postures bénéfiques pour nous. Et dans la vie c’est la même chose !

Nous avons tôt fait de poser un voile sur ce que nous refusons d’admettre, nous cherchons la facilité ; l’évitement nous permet de survivre, de s’économiser, certes, mais à quel prix ?

⚠️ Abhyasa oblige à nous confronter à l’impatience, la peur, la frustration, la colère, l’amour dans la vie de tous les jours en persévérant et en se concentrant sur l’activité que vous avons choisie : la façon d’éduquer nos enfants, d’aimer l’autre, de travailler, etc.

👉🏼L’observation de nos réactions et comportements par la méditation par exemple nous aide à discipliner le mental et donc d’apprivoiser l’égo pour utiliser toute sa force : prise de décision, motivation, projets sur le long terme, etc. Il n’est pas question de supprimer l’égo car sinon il revient avec force et frustrations.

  • Vairagya c’est le non-attachement au monde extérieur avec lequel on connecte en permanence à travers nos sens, c’est se situer au delà du désir et garder un oeil témoin sur les évènements qui surviennent.

⚠️ Vairagya n’est pas une privation, il ne s’agit pas de rester dans l’inertie et de ne plus entendre, ni toucher, ni sentir, ni goûter et cesser de vivre mais de rester conscient de l’origine de notre attachement. L’attachement ne se manifeste pas que par l’affect agréable mais aussi par la colère, la tristesse, la peur, etc. tout ce qui nous provoque émotions et sensations nous entrave selon cette philosophie.

👉🏼Prendre de la distance nous permet de prendre conscience de ce qui nous asservit (la nourriture, l’excès de sport, le sexe, etc.) et d’agir avec modération, ou du moins rééquilibrer.

Susana d’Arcambel au milieu de son potager et des fleurs

Trop de vairagya nous rendrait indifférent, inerte et passif, voire autocentré. Trop de abhyasa nous attache aux bénéfices de notre pratique, nous pousse hors de nos limites physiques/mentales au détriment de l’humilité nécessaire pour toujours persévérer.

Tout est équilibre dans le Yoga, trouver cet équilibre nous propose d’être dans l’action, dans la mise à distance mais aussi dans le courage de se (re)connaître.

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